Esport : un nouveau challenger dans le management interculturel

Esport : un nouveau challenger dans le management interculturel

L’Esport est devenu une industrie mondialisée où les cultures se mélangent et parfois s’entrechoquent.

L’Esport a connu un essor fulgurant au cours de la dernière décennie et est devenu une industrie qui pèse plus d’un milliard de dollars en 2019. Les enjeux n’ont jamais été aussi importants et les managers d’Esport subissent la même pression que dans n’importe quelle autre multinationale d’envergure. Et lorsqu’un tel phénomène se mondialise, les cultures se mélangent et parfois s’entrechoquent.

Des différences culturelles dans l’Esport…

Des différences culturelles peuvent être observées dans les cultures du jeu et de l’Esport. Les joueurs asiatiques (et en particulier sud-coréens) vont souvent dans des cybercafés où ils jouent à des jeux avec leurs amis. C’est une expérience beaucoup plus sociale que dans la culture américaine et européenne, où les joueurs ont tendance à jouer seuls à la maison. C’est pourquoi les joueurs coréens forment généralement des équipes avec une meilleure communication et coordination, tandis que les joueurs occidentaux sont meilleurs quand il s’agit de jeu individuel et de compétences personnelles.

…qui ne sont pas une constante

Toutefois, il s’agit davantage d’une règle générale que d’une constante. L’Overwatch League donne d’excellents exemples de joueurs coréens avec des compétences individuelles incroyables, et de joueurs occidentaux avec un très bon travail d’équipe. Cette ligue internationale appartenant à Blizzard est composée d’équipes franchisées basées dans des villes. La diversité culturelle de ses équipes a facilité les contacts entre les fans et les joueurs. Cependant, elle a causé des problèmes interculturels qui ont été parfaitement illustrés par l’équipe des Dallas Fuel.

Le choc des cultures

Les problèmes de communication au sein de l’équipe entre les cultures ont été un facteur majeur dans la chute des Dallas Fuel. La difficulté ne consistait pas seulement à parler anglais, mais aussi à communiquer dans le jeu et hors du jeu. Il existe une véritable fracture culturelle entre les joueurs occidentaux et coréens. En Corée, Les joueurs d’Esport sont soumis aux exigences les plus élevées, ils se dévouent aux programmes d’entraînement les plus durs. Ils ont tendance à s’entrainer plus souvent et plus intensément que les joueurs occidentaux. Cela provoque souvent des tensions et des conflits entre les joueurs, surtout lorsque les défaites commencent à s’accumuler. Ils expriment aussi leurs critiques et voient le coaching différemment. Les joueurs coréens ont tendance à être très directs. De leur point de vue, ils essaient d’aider et d’exprimer une critique constructive mais d’un point de vue occidental, cela peut être perçu comme une attitude condescendante.

Une mauvaise interprétation culturelle

Une autre raison qui pourrait expliquer pourquoi les joueurs coréens expriment leurs critiques de manière si directe et brusque pourrait être une mauvaise interprétation culturelle. Selon Erin Meyer, professeure de management interculturelle et auteur de The Culture Map: Breaking Through the Invisible Boundaries of Global Business, les Coréens ont en effet tendance à être très indirects dans la façon dont ils expriment leurs critiques. Alors, pourquoi ces joueurs coréens seraient-ils si directs quand ils jouent pour une équipe basée en Amérique comme les Dallas Fuel ? Dans son livre, Erin Meyer démontre que les Américains sont très directs dans leur façon de communiquer. Cependant, lorsqu’il s’agit de critiques, c’est exactement le contraire. Ils ont tendance à être très implicites et suivent souvent la règle des trois commentaires positifs et un négatif. Certains joueurs Coréens auraient pu ne pas remarquer cette subtilité et exprimer consciemment ou non leurs critiques de manière directe pour correspondre à leur perception des coutumes américaines.

L’importance du management interculturel

Chaque joueur communique différemment, tout en étant confronté à une barrière linguistique et culturelle. C’est pourquoi le management interculturel est la clé du succès d’une équipe multiculturelle. Dans un environnement multiculturel, il est essentiel de disposer de traducteurs, d’interprètes, de coachs linguistiques et des managers qui savent comment travailler avec les barrières culturelles et linguistiques. Aaron “Bischu” Kim, joueur des Guangzhou Charge, offre une aide inestimable à son équipe en tant que coréen et anglophone, il est capable de répondre aux incompréhensions entre ses coéquipiers. Comprendre les différences culturelles et travailler autour d’elles est ainsi essentiel dans l’industrie de l’Esport.

Cet article a été rédigé et supervisé par :

Sacha Casset

Sacha Casset

M2 M2i 2019-2020, Rédacteur en chef, parcours CEIE